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Jean-Claude AMEISEN
«… Dans l'oubli de nos métamorphoses… » La mort et la complexité du vivant
Jean Claude Ameisen, médecin et chercheur, est professeur d’immunologie à l’université Paris 7 et au Centre hospitalier universitaire Bichat, président du comité d'éthique de l'Inserm et membre du Comité Consultatif National d'Ethique. Il dirige l’équipe de recherches “Mort cellulaire programmée, pathogenèse du sida, et interactions hôtes/agents infectieux” dans l'U552 (INSERM-Université Paris 7).
« Il faut «penser le sens de la mort», écrivait Emmanuel Levinas, «non pas pour la rendre inoffensive, ni la justifier, ni promettre la vie éternelle, mais essayer de montrer le sens qu’elle confère à l’aventure humaine». Henri Atlan a lié de manière radicalement novatrice, au long de son œuvre, ses réflexions sur la complexité du vivant à une réflexion sur la mort. Les quelques phrases qui suivent, extraites de deux de ses livres publiés il y a plus de 25 ans, Entre le cristal et la fumée et L’Organisation biologique et la théorie de l’information, ne permettent que d’entrevoir l’originalité, la richesse et la profondeur de sa manière de «penser le sens de la mort». «Deux courants ont conduit à se représenter l’organisation d’un système vivant comme le résultat de processus antagonistes, l’un de construction, l’autre de déconstruction; (...) l’un de répétition invariante, l’autre de nouveauté imprévisible (...). L’organisation des systèmes vivants n’est pas une organisation statique ... mais un processus de désorganisation permanente suivie de réorganisation (...). La mort du système fait partie de la vie; ... sans processus de mort contrôlée, pas de processus de vie». Ou dans un renversement de la notion habituelle de projet, en résonance moderne avec la pensée de Freud dans Au-delà du principe de plaisir : «Le seul projet reconnaissable dans les organismes vivants (...) comme dans tous les systèmes physiques, est celui du retour à l’équilibre, c’est-à-dire la mort. Tout le reste, c’est-à-dire l’organisation (...), le développement (...) et la reproduction (...) elle-même, ne sont pas de l’ordre du projet, mais au contraire des perturbations aléatoires qui heureusement le contrarient.» Ou encore, dans un bouleversement complet de la vision traditionnelle des relations entre la vie et la mort : «Bichat disait autrefois : “La vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort”, aujourd’hui on aurait plutôt tendance à dire que la vie est l’ensemble des fonctions capables d’utiliser la mort.» Je voudrais redire ici à Henri Atlan à quel point sa pensée est pour moi une source d’inspiration, et a exercé, et continue d’exercer, une influence profonde sur ma conception de la biologie et de l’éthique. [...] »
Jean Claude Ameisen, "«Dans l’oubli de nos métamorphoses» : la mort et la complexité du vivant", in Déterminismes et complexités : du physique à l'éthique, autour d'Henri Atlan, Editions La Découverte, Paris, 2008, pp. 127-144.



